Vendu.

Je ne me souviens pas de mes premiers pas dedans, mais je me souviens de mes parents, encore ensemble à cette époque, je me souviens leur avoir fait un million de défilés en robe de princesse, descendant chaque marche de l’escalier comme une reine, dans ma petite robe en mousseline bleu, micro factice à la main et me dandinant sur les chansons de mon idole préférée de l’époque, Betty BOOP.

Je me souviens de l’arrivée de mon petit frère, et puis de ses problèmes liés à ses pieds, le fait qu’il soit atteint de la maladie de Strümphell Lorrain, j’ai souvenirs de ces chaussures orthopédiques en fer, abominables, que mes parents lui mettaient, et ça le faisait hurler…

Je me souviens de cette salle de bain, de cette moquette verte, sur laquelle 2 fois par an, avec mon petit frère, on devait attendre assis, sagement, que notre mère soigne nos verrues! Je me souviens de cette baignoire, pleine de mousse, dans laquelle on jouait à s’en mettre partout et a ressembler au père Noel.

Je me souviens de cette cave, aménagée en salle de jeux, dans laquelle on a passé chacun de nos anniversaires, dans laquelle j’ai fait mes premières booms, embrassé mon premier amoureux, sur la bouche.

Je me souviens ce salon, dans lequel résonnait de la musique en permanence, Aretha Franklin, Otis Redding, tous ces soirs où ma mère, mon petit frère et moi, on dansait comme des fous sur ces rythmes qu’on aimait tant!

Je me souviens cette cuisine, dans laquelle ma mère préparait la meilleure tarte de la planète, de l’univers même, celle avec de la crème patissière, des abricots et des amandes. Je me souviens que dans cette même cuisine, ma mamie tirait les cartes à ma maman avant qu’elle parte en voyage pour son travail . Je me souviens aussi ces crêpes que nous faisions avec notre mamie, et puis l’odeur de ses bœufs bourguignons…

Je me souviens de ma chambre, dans laquelle ma cousine et moi faisions des concours de danse, on y jouait aux barbies, à « copains et copines », je me souviens avoir accueillis mon petit frère dans mon lit les nuits d’orage et l’avoir rejoins dans la sienne quand certaines nuits d’orage, il oubliait de venir.

Et je me souviens de la chambre de ma mère, l’unique pièce où tu pouvais sauter sur le lit sans avoir peur de casser une latte, elle dormait à même le sol, à cause de son dos. la chambre de ma mère, et ces millions de livres partout, là où on trouvait le fameux et le seul cadre avec des photos d’elle petite, de papi, de mamie, de ses frères… Cette chambre dans laquelle elle a souvent essuyé nos larmes, pour tout, pour rien.

Je me souviens de ce faux volant qu’on avait eu a Noël et grâce auquel on partait en vacances dans notre camping-car imaginaire sur le palier, nos nounours bien calés à l’arrière.

Et je me souviens de cette toute petite quatrième chambre qu’on avait aménagé exprès pour mamie, cette chambre que j’ai respiré encore tant d’années après qu’elle nous ait quitté,  pour avoir la sensation, l’impression de la sentir encore un tout petit peu.

J’ai une pensée très émue pour ma maman ces derniers temps, depuis que le couperet est tombé, depuis que le mot « vendu » est sorti de la bouche de son agent immobilier. Parce que non, je ne sais pas ce que ça fait de devoir quitter la maison qu’on habite depuis plus de 30 ans, parce que non, je ne sais pas ce que ça fait de se retrouver à 60 ans, a emballer les cartons de toute une vie, à devoir passer de pièces en pièces et de ne plus y voir que du vide. Parce que je ne sais pas ce que ça fait de devoir quitter une maison das laquelle on a vu naître ses enfants, puis grandir, puis partir de cette même maison. Mais je sais ce que ça me fait à moi, de devoir dire au-revoir à cette maison dans laquelle j’ai grandi. Et ça fait pleurer.

Samedi, j’ai regardé tous ces cartons maman, je voulais juste que tu saches que j’ai cette maison dans les moindres recoins de ma peau et de ma tête, que je ne sais pas ce que ça te fait, je ne peux que l’imaginer, mais l’important, les souvenirs, ne t’inquiètes pas, tout est là, en nous, pour toujours.

Je sais comme tu es effrayée, de devoir quitter ta bulle, ton nids et ton monde à 60 ans. On se voit bien faire ces choses là à 20 ans, beaucoup moins à 60, mais je sais que vendre cette maison, était la meilleure chose à faire pour toi, que la plénitude que tu vas ressentir après l’avoir quitté, aura bien valu cette montagne de cartons et d’angoisse.

Tu vas quitter une maison dans laquelle tu as été infiniment heureuse mais aussi une maison dans laquelle tu ne l’étais plus du tout. Et avec un peu de chance, tu auras de supers voisins qui te feront oublier toute les horreurs  qu’ont pu te faire tes « anciens voisins »…!

Je t’aime. Et je suis là.

Vendu, 5 petites lettres 2 voyelles, 3 consonnes et c’est toute une vie qu’on vide.

 

 

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Une réflexion sur “Vendu.

  1. Céline OUDARD dit :

    J’imagine ce que tu peux ressentir vis-à-vis de cette maison. Moi qui y suis allée peu souvent je m’en souviens encore. Elle te laissera à jamais des souvenirs impérissables. Sûr que ta mère doit être très émue. C’est une nouvelle vie qui commence avec de nouveaux souvenirs à créer.

    Aimé par 1 personne

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