L’adolescence.

J’étais morte de trouille quand on m’a annoncé que j’attendais une petite fille. J’ai eu un schéma familial un peu atypique, parfois compliqué, souvent. Une maman très absente à cause de son travail et à qui on ne pouvait pas reprocher de se vouer corps et âme à son boulot, celui-ci même qui nous faisait manger et nous permettait à mon frère et moi de ne manquer de rien, de vivre aisément, de partir en vacances, alors que notre maman était solo.

Mes rapports avec ma maman ont toujours été compliqués, on a des caractères bien différents, on s’aime, certes, mais même encore aujourd’hui, on a du mal à se supporter plus de 2 jours. C’est comme ça,mais ça n’enlève rien à l’amour qu’on se porte. Mais voilà, j’ai eu une adolescence terrible, je souffrais beaucoup, j’étais pas bien dans ma peau, dans ma tête, dans ma vie, j’avais envie de mourir, souvent. Je n’étais pas une ado difficile, je me pliais à tout et à tout le monde, je ne mouftais pas, j’avais peur de m’en prendre une, peur de ne pas être assez bien, peur de ne pas mériter qu’on m’aime. Bref, j’étais triste, tout l’temps. Et d’être maman à mon  tour d’une petite fille me pétrifiait, parce que je redoutais le jour où elle même serait ado..

Lorsqu’on m’a posé ma fille sur le ventre à la maternité, j’ai fondu en larmes. J’étais si heureuse, je n’avais alors jamais ressenti tant d’amour, je n’avais jamais eu cette sensation d’exister vraiment, jusqu’à ce moment là. On l’a posé sur moi et elle est devenue mon monde.

Je l’ai accompagné avec toute la bienveillance et l’amour dont j’étais capable dans les premières années de sa vie, j’ai changé de travail pour pouvoir être toujours là, ne manquer aucun réveil, aucun dodo, aucun bobo, rien. Et ma foi, sans prétention aucune, je trouve que pour une nana seule à l’époque, je m’en suis pas mal sortie du tout!

Et puis elle a grandi, forcément. J’ai vu s’opérer des changements en elle, sur elle. Physiquement bien entendu et puis le reste…

Elle a commencé par s’opposer, légèrement, et puis par lever les yeux au ciel, parfois, et puis souffler, quand je lui demandais des trucs tout bêtes.

J’ai toujours été fusionnelle avec ma fille, infiniment proche, si bien qu’a l’approche de cette adolescence qui pointait le bout de son nez, j’ai pris des coups de poignards dans le dos, à chaque fois qu’elle faisait des trucs dans le genre. Je ne comprenais pas. Je ne l’avais pas élevée comme ça, j’avais l’impression que plus le temps passait, plus ces moments où elle s’opposait à moi étaient une sorte de revanche personnelle. Pour me blesser en somme.

Cela va vous paraître  débile mais ce qui nous a le plus fâchées avec ma fille, c’est ce refus que j’avais qu’elle ait un téléphone.

Au collège, ils en ont tous. Oui sauf que moi, je connais les réseaux, je sais qu’il suffit d’un rien pour devenir « dépendant », pour guetter les messages, les notifications etc, et surtout, je ne voulais pas qu’elle ait l’impression d’être quelqu’un à travers son téléphone et une sorte de seconde vie virtuelle.

Je voulais pour ma fille, ces jeux que j’aimais tant moi, enfant. Qu’elle sorte faire du roller, du vélo, qu’elle construise des cabanes, qu’elle fasse des canulars téléphoniques avec ses copains même, mais qu’elle ne s’enferme surtout pas sur le monde, à cause d’un téléphone. Qui plus est, nous avions déjà fait le test de lui en donner un, bilan: elle ne sortait plus de sa chambre et s’était téléchargée tout un tas d’applications dont les pédophiles sont friands et ma fille était clairement trop jeune et naïve à mon sens, pour gérer tout ça.

Elle s’est donc mise à récupérer les téléphones dont on ne se servait plus, les cachait, puis se servait du wifi pour de nouveau se reconnecter à toutes ces applications, snap, musicaly et j’en passe.

La première fois que j’ai retrouvé un téléphone, j’ai pleuré. C’est con. Mais c’était la première fois qu’elle contrait une de mes décisions, qu’elle faisait un truc en douce. On s’est engueulées, je lui ai repris.

Quelques semaines plus tard, j’en retrouve un autre dans sa chambre. Coup de poignard. j’ai essayé de comprendre pourquoi elle avait encore fait ça, sachant que la fois précédente m’avait fait beaucoup de peine. Je lui ai repris, l’ai menacé connement de l’envoyer vivre chez son père si elle prenait l’habitude de me mentir.

Deux mois plus tard, rebelotte. Je la soupçonne d’en cacher un autre, j’ai plus du tout confiance de toute façon. Je la suis, je l’observe et je la grille… là, trop pour moi, je gère pas ma colère, ma déception, je la gifle.Je l’ai trouvé tellement ingrate d’avoir agit comme ça avec moi, qui avait toujours tout fait pour elle. J’ai pleuré pendant 3 jours et je ne me pardonnerai jamais ce geste.

Et je me suis mise à lire, a demander conseils auprès de qui voudraient bien m’en donner. Je ne voulais pas être la maman que j’étais en train de devenir, je voulais trouver des astuces, des solutions, de l’aide, pour comprendre pourquoi ma fille et moi en étions arrivées là.

Et j’ai compris.

Nous ne vivons simplement pas à la même époque, les jeux d’avant sont les jeux d’avant et ma nostalgie personnelle n’y peut pas grand chose.

J’ai compris aussi, qu’en s’opposant à moi, ma fille s’affirmait, développait son propre caractère et quittait peu à peu son enveloppe de petite fille.

Et c’est ça qui me faisait le plus de peine je crois, que ma « petite fille » s’en aille…

Je lui ai donné les bases, mes bases, mais la femme qu’elle va devenir, ça lui appartient. Et l’adolescence, quand on y pense, c’est la periode dite « de merde », parce que c’est à ce moment là qu’ils vont bouffer le monde, s’opposer, s’affirmer, faire des erreurs, apprendre, tomber, rire à l’excès, pleurer à l’excès, tout est décuplé, et nous, comme eux, on n’y est pas préparés.

Et comprendre ça, c’est finalement comprendre beaucoup de choses.

Ma fille n’est pas ingrate de ne pas être reconnaissante du fait que j’ai toujours été là pour elle, nuit et jour. Que je l’aime de tout mon coeur, de ne jamais s’être endormie sans que je ne la borde ou ne lui dise « je t’aime » en l’embrassant tendrement, que je l’étouffe de câlins, elle n’a pas a être reconnaissante puisqu’elle n’a toujours connu sa maman, que comme ça.

Je pense que moi, quelque part, je suis devenue la maman que j’aurais voulu avoir et que totalement inconsciemment, on fait parfois des sortes de transferts de nos propres vies, de nos propres douleurs, blessures et de nos adolescences, sur nos enfants.

J’aurais voulu qu’elle soit reconnaissante d’avoir une maman comme moi, parce que peut-être que moi j ‘aurais été reconnaissante d’avoir eu une maman comme moi, vous voyez ce que je veux dire?

Au même titre que si je suis mon cheminement, moi qui ait vécu une adolescence désastreuse, je devrais arrêter de vouloir à tout prix protéger, réparer ma fille, comme j’aurais aimé qu’on me répare, qu’on souffle sur mes blessures d’âme, puisqu’elle n’est pas moi, elle n’est pas « moi, ado », elle est elle même, dans sa vie. Je peux pas la réparer, puisqu’elle n’est pas moi.

Une femme m’a dit lors de nos échanges à ce sujet, qu’un jour, son psy lui avait dit de lâcher la main de la petite fille qu’elle avait été. Elle qui avait tant souffert.

On ne se répare pas en tentant de réparer quelqu’un qui n’a pas eu votre vie et qui n’est pas vous.

Cette phrase a eu un impact de dingue dans mon corps, dans mon coeur.. Parce que je me suis rendue compte que j’avais du mal moi, a laisser partir la petite fille en moi et qu’en étant si proche, si maternelle, si dévouée à ma fille, c’était un peu comme essayer de l’être avec la « petite moi »qui n’avait pas eu tout ça.

Bref, après toutes ces reflexions psychologiques que j’ai beaucoup de mal a expliquer, j’ai décidé de faire des compromis avec ma fille, d’autoriser certaines choses, sous conditions. De parler, beaucoup plus, pour pas qu’on se perde. J’ai décidé de veiller au grain, d’être là évidemment et quoi qu’il arrive. De m’armer de patience pour affronter l’adolescence mais surtout, de la laisser devenir ELLE.

L’adolescence est la période durant laquelle nos enfants quittent leurs habits d’enfants pour devenir des adultes. C’est dur, ça fait mal, c’est angoissant, mais c’est NECESSAIRE. Et si vos enfants ne vous ressemblent plus en tout points, si parfois leurs réactions, réflexions vous font mal, dites vous que vous avez transmis vos bases,aimez les, restez là, attendez que l’orage passe , encouragez les, toujours. Ne les rabaissez pas, jamais. Ne les comparez pas, à personne, et dites vous qu’après cette période de merde, ils feront un mix de vos bases et de leurs propres experiences pour devenir les adultes qu’ils seront. Et que tant qu’on se construit avec de l’amour, quoi qu’il arrive, on s’en sort.

Bon courage.

A.

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4 commentaires sur « L’adolescence. »

  1. Tes mots sont exactement ce que j’avais besoin de lire en ce moment! Je suis maman d’une petite fille « toute neuve » alors que j’ai toujours appréhendé d’avoir une fille, et mon grand qui est loin encore de l’adolescence mais qui se comporte comme tel. Tu as réuni dans cet article ce que j’avais besoin tant pour l’un que pour l’autre. Merci beaucoup ça fait du bien !

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